Avec le sourire

Smyle for Women

Le sourire. Ce masque du quotidien. Un petit artifice qui, accompagné de politesse, excuse tes retards et tes maladresses. Ce réflexe qui apaise les malaises des regards inopinément croisés. Ce petit rien qui fait du bien, reçu au hasard du chemin. Ce détail qui de donne 2 fois plus de chance sur Tinder, lorsque tu es une fille…

Le sourire. J’ai vu fleurir des protestations féministes sur le Net. Il paraît qu’on astreint les femmes à sourire en vertu des normes de beauté et de bonté de leur genre. Par principe, je suis contre toute tentative de naturalisation forcée du comportement de la femme. Si on force les femmes à sourire parce qu’on suppose que c’est naturellement ce qu’une femme doit faire ; parce qu’on suppose qu’une femme se doit de se montrer docile. Oui, bien sûr que oui, je m’opposerai.

On ne m’a jamais reproché de ne pas sourire. Quelques fois, on me la subtilement imposé : dans un cours de danse Africaine, la chorégraphe ivoirienne nous disait la danse c’était “avec le sourire” ; lors d’un court métrage pour la fac ; ou sur les photos alors que je me plaît à faire des têtes blasées.

Mais dans la vraie vie, je crois que j’ai le sourire facile. D’ailleurs c’est peut-être ma plus grande arme. J’arrive à rencontrer énormément de gens qui ont osé me parler parce que je leur ai envoyé un signal positif ; je me suis sortie d’innombrables situations en faisant gober des mensonges invraisemblables avec une simple contraction de zygomatiques. Plus difficile d’être prise au sérieux quand ça vire en rictus gêné, mais j’apprends à me contrôler.

Le sourire. ON ME L’A INTERDIT. Alors comprenez l’effet déconcertant de ces campagnes féministes… Mon problème fut tout l’inverse. Je suis sorti avec un mec qui m’a interdit de sourire ! Au début c’était du : tu comprends, quand tu souris, tu te mets en danger, les mecs pensent que tu es gentille… Puis : si tu souris aux garçons, moi je vais draguer des filles, tu aimerais que je drague des filles ? Enfin : un sourire remarqué, silence radio pendant une semaine. Un sourire, pour lui, c’était la porte ouverte au viol.

Certes, je ne comprendrai jamais totalement, mais cette expérience ne peux m’empêcher de penser que les campagnes féministes anti-forceurs de sourire manquent quelque chose. Un quelque chose qui se retrouve dans cette phrase de Galeano “al fin y al cabo el miedo de la mujer a la violencia del hombre es el espejo del miedo del hombre a la mujer sin miedo“. Sans doute, un sourire, plus que de nous faire passer pour quelqu’un de docile, montre que nous sommes en confiance, que nous n’avons pas peur. Le sourire c’est le pouvoir, l’ouverture vers l’extérieur. Et les hommes sont perdus auprès de femmes sans peurs, ils n’ont plus personne à protéger, plus de raison de nous tenir enchaînées.

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Contes de la décadence ordinaire

Cher Blog,

Aujourd’hui je peine à te rendre visite, mais ce matin, à l’aube, j’ai fait une promesse à quelqu’un de très important pour moi. On a une relation très conflictuelle depuis quelques temps… Depuis toujours peut-être. J’ai besoin de te faire part de tout cela.

J’ai pris le bus de nuit, un bus qui me laisse très loin de chez moi. Il n’y avait rien : plus de métros depuis 3h, plus de batterie, plus de Uber. Les taxis… trop peur de sombrer et de me réveiller avec une note salée. Et puis, la banlieue nord, ça ne les fait pas rêver. Contrairement à mon habitude, je me suis installée à l’avant du bus. Sur ma droite trois hommes dont je n’ai su ignorer la beauté. Un débrif de soirée en espagnol. A leur façon d’avaler les r et les s, j’aurais dit Cubains. J’ai voulu faire celle qui ne comprenait pas, pour éviter de nouveaux ennuis. Mais ils m’ont trop fait rire… c’était légèrement suspect. Baile con una niña. Super bonita, pero al final, me di cuenta que era hombre. Una hermafrodita… Et les vannes à base d’invention de situations sans queue ni tête ont fusé – au grand désespoir masqué de l’infortuné. Ils sont descendus à Gare de l’Est. N’ayant plus de diversion, j’ai quitté le bus à l’arrêt suivant. Inutile de préciser que ce n’était pas l’option optimale.

Tu me diras, cher Blog, qu’est-ce que cette anecdote a à voir dans l’affaire? Je pense que le suspens s’étale pour que la possibilité de fermer la fenêtre avant d’écrire subsiste. Ou alors… Tu te souviens de mon époque philo du langage? Les langues structurent les émotions. Je pense qu’il y a des sentiments que je ne suis capable d’exprimer qu’en espagnol. Ce n’est pas ma langue maternelle : l’illusion d’un écran. L’impression de dire sans vraiment être soi, sans vraiment comprendre, sans vraiment maîtriser. Longtemps, elle fût la langue de l’expression amoureuse… Et on le sait, les francophones sont plutôt limités côté expression sentimentale. La langue, donc, d’un apprentissage inédit. Il m’arrive de me demander si dans l’histoire je m’attachais pas plus à cette possibilité d’expression, qu’aux personnes elles-mêmes. Les Cubains, et une “drôle” d’aventure cette semaine, m’ont amené indirectement à cette idée. Légèrement ivre, je me suis dit qu’il y avait peut-être là une solution.

L’après-midi, enfermée dans l’obscurité de ma chambre, la coloc partie, je me suis mise à errer dans les méandres de ma mémoire, à me poser mille questions. Il faut dire que la discussion, la situation de la veille, et les péripéties des derniers mois étaient propices à cette réflexion. Évidement, je l’ai soigneusement évitée – comme à mon habitude. J’ai patiemment construit mille refuges, dont je t’ai maintes fois parlé : boulot acharné, fêtes sans fin, sport, mecs, et plus récemment, j’en suis moins fière, smartphone. En analysant l’ensemble, il m’est apparu que le problème d’inhibition dont je te parle depuis des années n’est toujours pas résolu. Il deviendrait même de plus en plus dangereux. Cette fois, j’ai atteint des sommets en terme d’intensité et de fréquence sur les conduites à risque. Je m’imaginais même arriver chez un psy, larmes aux yeux pour lui implorer de me venir en aide. Je préparais un discours : “Monsieur le psychologue, je ne veux pas de médicaments, mais j’ai besoin d’aide pour démêler les fils dans ma tête. Je ne sais pas par où commencer. Le danger loge dans mon propre esprit. Je sens que je perds le contrôle. J’abuse de l’alcool. Je perds la mémoire. Je me réveille avec des inconnus sans aucun souvenir. Parfois chez moi, parfois dehors, parfois sous la pluie. Je découvre des choses que, dans un état normal, je ne souhaite surtout pas voir arriver. A raison d’une ou deux fois par semaine – depuis deux mois. Ce n’est pas la première fois, les black-out, j’en fais depuis quatre ans environ. Ça doit correspondre à la période où j’ai laissé tomber l’écriture, celle où j’ai arrêté les confidences. Mais là, j’ai quitté le refuge le plus solide que je m’impose depuis 6 ans : le couple. Il n’y en eu pas qu’un… Mais à chaque fois la lassitude, l’implosion pour cause d’enfermement. Puis la liberté et la peur de moi-même et l’incarcération auto-contrainte, de nouveau – 6 fois de suite. Le risque 0 n’existe pas, comme disent les porte-parole du Vigipirate, mais sous contrôle, les catastrophes se raréfient – même si la rareté ne m’a pas protégé des agressions et des maladies…

Je rembobine la scène. Je me souviens le nombre de fois où je me suis sentie jugée, incomprise, voire violée (symboliquement et littéralement) par les personnes qui étaient censées m’aider : des soi-disant amis au médecin… Ces pompiers pyromanes, toujours en train de t’inculper pour les problèmes dont tu souhaites sincèrement te sortir mais… la voie est sans issue pour les personnes non accompagnées. Tu cherches désespérément quelqu’un qui te fasse la courte échelle, mais ils sont plutôt du genre à te couper l’herbe sous le pied. Alors je recommence : “Monsieur le psychologue, je ne veux pas de médicaments, mais j’ai besoin d’aide pour démêler les fils dans ma tête… Avant de vous raconter mon histoire, j’ai besoin de m’assurer que vous ferez l’effort de ne pas me juger trop vite, de ne pas me condamner…” Et puis merde, j’abandonne. Je suis seule. Là, je reprends le clavier après 15 minutes de pause dans l’écriture. Le voilà le sentiment clé. Celui qui me rend pathétique, celui qui me fait chialer. Cette impression que personne ne peut comprendre, partager ou remplir ce vide dont j’ai toujours été envahie et qui me pousse à faire des conneries. Cette impression de ne pouvoir parler à personne. Hier, des perles ont roulé de mes joues à l’oreiller, alors que j’étais recroquevillée sur mon lit. Je me sentais étrangement calme.

J’ai alors voulu immortaliser le moment de cette prise de conscience. En fait je ne sais pas trop ce que je voulais. Cette prise de conscience date en réalité, mais à présent, je pense vraiment avoir besoin d’aide et/ou de me prendre en main pour m’en sortir. J’ai donc écrit, en trouvant ça plutôt absurde, en pleine connaissance des risques réputationnels que cela comporte, un post sur Facebook – malgré ce putain de devoir d’exemplarité qui m’incombe désormais, ce statut qui me bouffe… – une bouteille à la mer : “Et arrive ce jour tu te sens tellement inadaptée, que tu n’oses plus partager le fond de ta pensée. Pas même avec toi même.” J’ai essayé de choisir des mots qui n’inspirent pas la pitié, mais au vu des messages que j’ai reçu, j’ai échoué. Cet aveu d’inadaptation qui a dû mettre la puce à l’oreille. Je comprends pas du coup, cette obsession pour l’adaptation, pour la conformité. Ce monde de copy-paste… qui déteint jusque dans ma propre tête. Il doit y avoir une tour de contrôle interne qui gère autocensure et mutisme, d’ailleurs… Bilan : une dizaine de likes, un message de “qu’est-ce qu’il se passe?” et deux invitations à boire – ou comment soigner le mal par le mal. Et même quand on me demande… Je ne peux pas. Tout va bien, ne t’en fais pas. J’ai peur de dévoiler mes faiblesses, qu’elles ne deviennent des critères de jugement, qu’on m’infantilise ou qu’on me déshumanise. J’ai peur de faire rire, de faire de la peine. Il eut une seule personne dans ma vie, à qui je pouvais parler de ces choses là, qui pouvait les comprendre – et vice versa. Un hispanophone, d’ailleurs. J’ai saboté cette relation. J’ai tout fait pour le détruire. Sans-doute étais-je incapable de supporter de voir mon reflet dans son regard. Il a su se relever. Parfois, je sens que j’ai besoin de lui, que sans lui ma vie n’a pas de sens, pas d’intensité, pas de profondeur… mais j’ai été suffisamment cruelle pour qu’aucun retour en arrière ne soit possible.

En descendant de ce bus, hier, je me suis mise a répéter “hermafrodita” à haute voix, et à rire. J’ai repensé à tout cela, à tout ce que je viens d’écrire ici : la solitude enfin affrontée de l’après-midi, les multiples antécédents, les murs de silence, ce confident perdu, au pouvoir désinhibiteur de l’espagnol sur mes émotions. Sur les 5 kilomètres qui me restaient à parcourir, j’ai parlé à haute voix, feignant un silence convenu au passage de quelques somnambules errants, dans les rues du bout de la nuit. Oye ! Tú y yo necesitamos encontrarnos, necesitamos encontrar paz, por fin. Ya no me puedes esconder todo esto. Ya no provoques tormentas sin avisar, por favor. Estamos en peligro, tú y yo. Nadie, nada más nos puede salvar sino la unión de nosotras. Eres la persona más importante de mi vida y vice versa, lo quieras o no. Tenemos que acordarnos que cada acción de la una, tiene consecuencias para la otra. Tenemos que comunicar, no hay forma de vivir por separadas. Si corres un riesgo, yo también. Tenemos que respetarnos y buscar acuerdos. Estoy dispuesta a sacrificar una parte de mi seriedad fingida. No encajemos en el mundo, lo sé, es la razón que te empuja a hacer travesuras, escondiendote en la noche. Pero cada mañana, descubro un montón de indicios y me entero a grandes rasgos de lo que ha ocurrido. Soy el control social, eres el deseo. Soy el temor, eres el sueño. Soy la adulta, eres la niña. Debe haber una forma de conscientisar esa pasión, de asumirla sin vergüenza. Sé que me odias : lo que queremos es amor. Este amor fundamental, no lo vamos a encontrar en los demás, debe nacer y crecer adentro. Ya sabes cuanto los demás son traicioneros, no hay porque traicionar a nosotras mismas. Tú y yo caminemos en rutas distintas hasta la encrucijada del encuentro que nos permita volver un solo y mismo Yo, aunque sea largo y cansado. Nos amaremos, como nadie más lo hizo, como nadie más lo hará. Promesa. J’ai répété ce discours en boucle, avec quelques variantes jusqu’à chez moi. Je me suis sentie pleine de forces et d’espoir, pleine d’envie de me retrouver, après toutes ces années à me fuir. Des envies d’écrire aussi, de me libérer de cette censure. Des envies de solitude enfin, pleinement assumée, prête à embrasser mes plus noires pensées.

Ces derniers temps, je me suis beaucoup confiée à des inconnus. J’ai des doutes sur les intentions qui se cachent derrière leur écoute, d’autant plus qu’ils ont pour point commun d’entretenir une relation tumultueuse avec mon côté obscur… Toutefois, leur état de choc face aux reformulations du récit de ma vie m’aide à prendre conscience des quelques traumatismes que j’avais toujours refusés d’admettre en tant que tel. Des traumatismes dont j’ai toujours fait part sourire aux lèvres, pleine d’autodérision et de cynisme…

Celui de l’enfance…  L’amour de ma mère a toujours été si noble et si pur que je l’ai toujours considéré comme la plus grande chance de ma vie, une chance suffisante pour n’avoir jamais à me plaindre de quoi que ce soit d’autre. Pourtant, je comprends aujourd’hui, au vu des situations dans lesquelles je me mets, que je n’ai jamais surmonté l’abandon initial. Dans l’obscurité, je choisis inévitablement le chemin qui conduit à reproduire les problèmes de mon enfance. Inconsciemment, je cherche peut-être le pourquoi et le comment. Mes ailes ont déjà perdu trop de plumes à ce jeu là : reproduire les erreurs n’est pas un bon moyen de les accepter.

Ceux des conduites à risque… Les viols alcoolisés, à répétition – je ne souhaite pas développer davantage ici, même un Bukowski prendrait peur – c’est assez pour vous faire une idée. Au fond, ce genre de chose est assez banal chez les jeunes qui m’entourent, je ne me suis jamais posé trop de questions… Mais je crois que cette partie de moi que je ne rencontre jamais commence à prendre goût à être dégradée et les conséquences sont de plus en plus désastreuses. Je suis certaine aujourd’hui qu’il est nécessaire de remédier à cela. En bonne sociologue j’ai toujours un dictaphone sur moi. Il arrive qu’il se déclenche par inadvertance… Je n’arrive pas à croire que la personne enregistrée… Comment puis-je dire et faire ces choses là ? Où ces pulsions se cachent-elles pendant la journée ? D’un autre côté, j’ai peur qu’une hyper-rationalisation ne conduise à asphyxier Intuition, Spontanéité et Désir, qui font de moi un être authentique, atypique, ces pulsions qui donnent lieu à des découvertes et des rencontres inattendues, sources du sens et de l’intérêt de la vie. Comment les canaliser, leur donner le moyen de se réaliser, sans tomber dans l’excès?

La route est encore longue, mais, as-tu remarqué, cher blog ? Aujourd’hui (plus précisément, ces deux derniers jours… car cette rédaction a nécessité des pauses multiples), j’ai réussi à t’écrire les choses, sans exubérances stylistiques. Je me suis confiée sans me dissimuler derrière la musique des mots. Bien sûr, quelques omissions sont restées de mise, j’ai l’impression qu’une sauvegarde minimum des tabous me protège de l’isolement total – même s’ils la conduisent à la déraison… Quoiqu’il en soit, ce texte est déjà un grand pas, un engagement clair entre toi, moi, elle, ce futur je.

Je ne veux ni de leur pitié, ni de leur compassion calculée. Je cherche juste, désespérément, un peu de compréhension.

“Quel a été votre déclic feministe?”

Mercredi 8 mars, Place de la République.

Flânerie entre amies. J’en avais presque oublié les grévistes. Quand soudain débarquent deux journalistes, pour me demander quel avait été mon déclic feministe. Des filles du magazine Elle… plein d’astuces pour être plus belles : mode, beauté, santé – viennent m’interviewer. Mais visiblement, ni Elle.s, ni moi n’étions venues manifester.

Au dépourvu, sous les feux inattendus des projecteurs, il m’a fallu quelques minutes de réflexion pour me mettre à débiter des phrases impromptues, sans contenu ni teneur. En somme, je devais cette conversion à Simone et aux hommes. Depuis, ça fait deux semaines que je raisonne et je me rends compte que cette question n’était pas si idiote…

Quel a été mon déclic féministe? Pour qu’il y ait “déclic”, il faut tout une mécanique… Alors j’ai commencé à chercher des pistes, plus ou moins réalistes, que je vais tenter d’organiser et de synthétiser sous forme de liste…  Oui, nous sommes entrés dans  l’ère temporelle de la communication, où les contenus virtuels pseudo-intellectuels doivent ménager vos prunelles et vos cervelles. Alors ménageons, ménageons : rangeons, organisons, synthétisons… J’essayerai de m’assurer que la forme n’endommage pas le fond.

Phase 1 : famille matrilinéaire

Quatre femmes m’ont fait grandir et les questions de genre ont tardé à venir. D’une rupture avec un homme il fallait se prémunir, dans les études il fallait s’investir, autonome et indépendante il fallait devenir. L’avenir était à la portée de mes désirs, et pas un rabaissement masculin pour me ralentir. Les garçons n’avaient pas leur place à la maison, la domination c’était pour moi. Gâtée, grande gueule, capricieuse, bricoleuse… et pas affectueuse pour un sous. A 6 ans, j’ai commencé à refuser, de moi même, câlins et bisous. Toutes les preuves d’affections je les avais en dégoût. L’amour, les hommes étaient une malédiction. Ma mère aimait un homme qui, à mon apparition, avait préféré la désertion. J’ai grandi avec tout ce dont j’avais besoin et avec l’image absente d’un homme indécis, infidèle, indifférent – inutile. Bizarrement, pas de papa, les autres le voyait comme une maladie et moi, je n’imaginais pas que ça puisse être autrement.

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui croient que les pères servent à quelque chose.

Phase 2 : amourettes révélatrices

J’avais tout ce dont j’avais besoin, même plus. J’étais bien boursouflée et bien charnue. Mon petit corps gras et rougeaud abritait un cœur ingénu… qui a voulu s’offrir au premier venu. Mon voisin. Nos jeux étaient encore enfantins quand il voulu que je lui montre mes “seins” et mon vagin. J’avais 7 ans peut-être et lui 8, tout une vie à cet âge. Amoureux de Marie, il voulait mon corps pour faire du repérage, et pourquoi pas entre amis…

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui croient que leur corps a une valeur.

Phase 3 : sans espoir au collège

Le collège grouillait de mecs ahuris qui confondaient ados et actrices de porno. Ils me provoquaient une fascination angoissante. Oscillation entre besoin d’idéal, de passion de télévision et choc du banal, écœurement total. Entre celui qui est persuadé que tu es aussi maladroite que ton corps est vilain, “si tu marques ce trois points, je te smacke” et quand les yeux fermés tu mets un switch, il se barre en courant apeuré ; celui que tu trouves magnifique et qui l’a remarqué, décide pour te draguer de t’offrir un bouquet de poils de bite fraîchement arrachés ; celui qui te lâche pas en cours, pour savoir si t’as enfin mis un string – que ne tardera pas t’offrir ta voisine de classe et meilleure amie… Pour faire plaisir à qui ?

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui croient que les femmes sont au moins aussi intéressantes que les hommes.

Phase 4 : les pervers du net

L’intérêt médiocre que nous portaient les garçons, nous a poussé à chercher l’amour dans vers d’autres horizons. Génération Y, c’est sur Internet que s’est portée notre attention. Entre copines, on a squatté le chat pour enfin avoir de vraies conversations avec la gente masculine. A peine le temps d’un ça va? et très vite, des vieux mecs branchaient la webcam pour se branler.

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui trouvent se masturber devant une gosse de 13 ans est immoral.

Phase 5 : michtonnage vénal

Au lycée, on a commencé à traîner dans les bars, pour boire et partager notre désespoir. On parlait des mecs, qu’il fallait absolument éviter, tout ce qu’il voulait c’était profiter de notre corps et nous priver de notre liberté. Sans avoir eu de mecs, on était conscientes que les sentiments nous limitaient, sous subordonnaient, on n’en voulait pas. Amoureuses, on s’attendait à être déçues, alors jamais l’élu de notre cœur ne l’a su. Mais les plus vieux s’intéressaient à la chair fraîche, alors on leur faisait un joli sourire, buvait la bière fraîche qu’ils nous offraient gracieusement et on s’empressait de rentrer chez nous discrètement.

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui croient que les femmes n’ont pas besoin du fric des hommes pour se mettre en valeur.

Phase 6 : le mec à meufs

A 17 ans, le premier mec, le premier bisou, le premier tout : en deux semaines – je sentais que je me trahissais moi-même. Le mec qui sort le grand jeu : poème sur feuille A4 découpée en cœur… Technique rodée du grand dragueur. L’ex du tiers du bahut, obsédé par la conquête des petits culs. Il n’y avait pas trop à parler, il suffisait de se laisser toucher… Pourquoi refuser, si toutes les autres l’avaient déjà fait ?

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui  donnent leur corps parce qu’elles le décident, non parce que ses copines l’ont décidé pour elles.

Phase 7 : abus de courtoisie

Sortir dans la rue, les mecs te voient jeunes, ils t’imaginent nues, je sais pas. Il veulent ton phone, ils te lâchent pas jusqu’au bas de chez toi. Il trouvent toujours une raison a tout ça : tes yeux, ton sourire, blablabla. Certains veulent même se marier avec toi, comme ça. Toi, tu ne veux pas risquer ta vie par un revers mal poli. Putain, n’importe quoi ! Obligé d’appeler le coloc pour me sortir de là… Mais en son absence, profitant d’un état second dans lequel te met l’excès de houblon, il n’hésiteront pas t’étreindre à t’étouffer, t’enfermer, à te retourner et te déculotter.

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui croient qu’on n’a pas à faire semblant d’être gentille quand on est victime d’une agression.

Phase 8 : vagabondages prohibés

Et j’ai commencé à voyager seule, à rêver d’Amérique et d’auto-stop. “UNE FILLE, SEULE, TU N’AS DONC PAS PEUR?”. Si tu savais ce qu’il se passe en bas de chez moi… Encore, que ma mère me dise ça, soit. Mais que les automobilistes s’arrêtent en déclarant : “je l’ai fait parce que j’avais peur pour toi” et me donnent une leçon de morale chemin faisant… Tu parles d’une mobilité émancipatrice du contrôle social… V’voyez, il n’y a pas que le FN qui profite de l’insécurité.

…et toujours pas féministe,

Le féminisme c’est pour celles qui ne s’amusent pas à monter dans la voiture de gros conservateurs.

Phase 9 : falloir être féministe

A 19 ans, la solitude me devînt insoutenable. Les turpitudes de la rue m’avaient rendu instable. On m’avait rendue misérable, tout ce que je voulais c’était de l’affection. Alors j’ai voulu enfin faire de la place pour un garçon, pensant que la douceur à la maison serait la meilleure protection. Hélas, j’ignorais – ou plutôt, le désespoir noyé dans les sentiments, j’oubliais – quel serait le prix de mon erreur. La douceur est fragile, éphémère. La moindre perturbation t’empêche de la savourer. Et perturbations, il y eût : 6 ans, 6 mecs différents. Fuir au premier problème, s’agripper au premier venu. Déception constante. L’art de te mettre sur le dos les conneries qu’ils font en trois fois plus gros. L’art de te faire perdre confiance. L’art de te faire perdre tes ami.e.s. Tu n’osais même plus écrire… En permanence on veut savoir où tu es, avec qui, ce que tu dis, à combien de kilomètres se trouve ton ex. Ces interrogatoires te fatiguent tellement que tu finis par ne sortir qu’avec les ami.e.s. du mec – d’ailleurs, lui, il peut partager son lit avec elles, baiser dans le cou d’une inconnue,  relooker tous les culs et pas t’écouter. Il n’arrive pas à se passer de son ex, alors que la condition pour qu’il se déclare fidèle était que tu coupes les ponts avec le tien. Et pour toi, à la moindre discussion de plus d’une demie-heure avec un type, il y a déjà trahison et une réconciliation sans concessions. D’ailleurs, il ne te laisse même plus sourire dans la rue, faut pas t’étonner après, si les gens te violent ! Certains parlent de chatte à leurs potes en oubliant ta présence. D’autres font les mariolles en me donnant des tapes au cul dans la rue, sans en avoir rien à cirer que tu me sentes humiliée et que ça fait trois fois que tu demandes d’arrêter.  J’en passe et des meilleures. Alors oui, je me suis dit que face à toutes ces asymétries, la solution était peut-être politique. D’ailleurs, au début de la plupart de ces relations, tous ces mecs se sont vendus différents des autres, en faveur de l’égalité, sartriens, voire… féministes… et tu y as cru.

…c’est alors que je suis devenue feministe !

Un halo de lumière est apparu au dessus de ta tête et voilà que tu te mets à lire Simone de Beauvoir. Une lecture pas comme les autres, qui te prends aux tripes. J’ai senti tout le dégoût, la frustration et la haine accumulées, circuler dans mon corps. Je me suis rendue compte que je continuais du subir tout ce que je ne voulais surtout pas qu’il m’arrive plus jeune. Je me trahissais moi-même. J’ai écrit à mon mec tout ce marasme qui languissait en moi et dont je m’étais enfin autorisée à reprendre conscience. Il n’a pas compris, s’est senti attaqué, il a insisté pour que je le quitte. Mais je n’ai pas supporté le manque d’affection, je suis revenue en pleurant, humiliée. Il m’a repris et ne m’a jamais pardonné. Et puis ma conscience c’est ouverte à d’autres choses…

Quatre mots

...c’est alors que j’ai arrêté d’être feministe.

Cette nécessité d’indépendance, cette ambition qu’on m’avait mis dans le crâne dès la phase matrilinéaire couplée à la phobie de l’abandon, qui rendait mon amour inconditionnel, était un mariage suicidaire. J’ai toujours travaillé pour obtenir ce que je voulais : avoir un salaire, devenir chercheuse, etc. Même travailler, parfois, on m’en empêchait. Pour autant, je cherchais inconsciemment des mecs dans le besoin, psychologique, financier, des mecs faciles à enfermer. C’est alors qu’ils profitaient, plus de bouteille de lait, ils rentraient chez leur mère. Ils squattaient chez moi, sans aucun scrupule, me laissaient faire les courses, laver leur linge et faire la vaisselle. Ils profitaient que je sois occupée à des activités dont ils n’avaient à se préoccuper, qui les ennuyaient, pour aller voir d’autres qui leurs offriraient la diversion qui leur manquait : jeux vidéos, ex, potes de beuverie… Toute ma liberté difficilement gagnée m’attiraient des boulets qui ne faisaient que l’envahir et l’amocher. Mes principales qualités ? Ma poitrine et ma générosité. Le demande de partage de responsabilités, n’a été que source de désamour.

Phase 10 : rejet

Aujourd’hui, pour la première fois depuis six ans, j’ai eu le cran de dire merde à tout ça. J’ai encore craqué hier soir, le manque d’amour me rend hystériquement triste. Que faire, si même dans le couple il n’y ait rien qui puisse me satisfaire ? Je lance une bouteille à la mer, comme j’ai l’habitude de le faire. Prenez-le comme un engagement à reconquérir mon bonheur solitaire. Féministe, non. Le féminisme n’a de sens que s’il s’oppose. La vie est trop courte pour s’imposer la guerre.

De toute façon, j’aime pas les mots en isme.

– MP

À n’importe quel moment que nous la considérions, notre âme totale n’a qu’une valeur presque fictive, malgré le nombreux bilan de ses richesses, car tantôt les unes, tantôt les autres sont indisponibles, qu’il s’agisse d’ailleurs de richesses effectives aussi bien que de celles de l’imagination (…). Car aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du cœur. C’est sans doute l’existence de notre corps, semblable pour nous à un vase où notre spiritualité serait enclose, qui nous induit à supposer que tous nos biens intérieurs, nos joies passées, toutes nos douleurs sont perpétuellement en notre possession. Peut-être est-il aussi inexact de croire qu’elles s’échappent ou reviennent. En tout cas, si elles restent en nous c’est, la plupart du temps, dans un domaine inconnu où elles ne sont de nul service pour nous, et où même les plus usuelles sont refoulées par des souvenirs d’ordre différent et qui excluent toute simultanéité avec elles dans la conscience. Mais si le cadre de sensations où elles sont conservées est ressaisi, elles ont à leur tour ce même pouvoir d’expulser tout ce qui leur est incompatible, d’installer seul en nous, le moi qui les vécut. Or, comme celui que je venais subitement de redevenir n’avait pas existé depuis ce soir lointain (…), ce fut tout naturellement, non pas après la journée actuelle, que ce moi ignorait, mais — comme s’il y avait dans le temps des séries différentes et parallèles — sans solution de continuité, tout de suite après le premier soir d’autrefois (…). Le moi que j’étais alors, et qui avait disparu si longtemps, était de nouveau si près de moi qu’il me semblait encore entendre les paroles qui avaient immédiatement précédé et qui n’étaient pourtant plus qu’un songe, comme un homme mal éveillé croit percevoir tout près de lui les bruits de son rêve qui s’enfuit. Je n’étais plus que (…) cet être que j’aurais eu à me figurer, quand j’étais tel ou tel de ceux qui s’étaient succédé en moi depuis quelque temps, autant de difficulté que maintenant il m’eût fallu d’efforts, stériles d’ailleurs, pour ressentir les désirs et les joies de l’un de ceux que, pour un temps du moins, je n’étais plus.

– AC

Après tout, j’en sais d’autres qui ont les apparences pour eux, et qui n’en sont pas plus constants ni sincères. J’ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnu un soir qu’il ne l’avait jamais aimée. Il s’ennuyait, voilà tout, il s’ennuyait, comme la plupart des gens. Il s’était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l’explication de la plupart des engagements humains. Il faut que quelque chose arrive, même la servitude sans amour, la guerre, ou la mort.

Tic.Tac.Toe.

S’ils cherchent des causes à ma disparition, dis-leur que ma vie c’est des cases vides, des croix et des ronds, des traits à tirer. L’encre jetée sur le papier, plus moyen de faire diversion. Dis-leurs que c’est trop de pression, que quand le passé te fait face, tu tournes en rond. Mieux vaut faire une croix dessus. Prise dans l’impasse, j’ai renversé le plateau, les écrits ont volé. Les pions sont à replacer. Je sais c’est pas facile, le Malin tire les ficelles. Mais en ce matin de fin d’hiver, je suis partie en regardant le ciel. Sous une fine pluie de Perfidie, j’ai scruté la lumière des âmes se diffracter : vos affects se révélèrent en arc-en-ciel, et je me suis mise à disséquer votre bagatelle de travers.

Tout au dessous, arc-boutant, j’ai senti la rage rouge sang, déployant orgueilleusement sa cathédralesque queue de pan, caressée par un orange jaloux et envieux qui bavait sur le jaune son hypocrisie trompeuse. Tous étaient dissimulés sous un feuillage d’angoisse, vert de peur, de lâcheté, où j’entre-aperçu un bleu indécis noyé entre désir et culpabilité. Enfin… le noble indigo, dissimulant sa puanteur dans des brumes sirupeuses, tâchant de faire bonne figure, lys fanés à la paume. Au delà, il n’y avait plus une trace de pays sage violet, plus de transcendance, un abîme d’esprit.

Rien. Et ce vide qui attire tous les mauvais sentiments. La diffraction laisse place à la destruction, comme le crachin laisse place à l’orage quand le vent tourne. Des nuages funèbres sombrent en une pléthore de trempes sur mon chapeau. Je presse le pas, dans l’espoir de regagner une planque semblable à celle dont j’ai claqué la porte. Les décharges alentours révèlent leur férocité au plein jour. Moi qui me rêvais hors du monde, l’existence me prend au piège. Où est donc cette fichue porte de sortie?  Trotter mène partout, sauf au refuge.

Soudain, sur mon hasardeux cheminet, un amas d’éclats de verre se présente à mes pieds. Sans y penser, je piétine une de ces barques naufragées dans le lit de gravillons. Quel délicieux petit craquèlement, discret, supplice d’un cri sans défense d’une matière déjà brisée au dessous. Quel sentiment de puissance !  Quelle euphorie ! Et me voilà, dansant la polka grisée, écrasant tout ce qui se trouve là. Encore, et encore, eh ! J’en oublie que sans mes chaussures ce seraient mes pieds qui auraient été détruits… Je tourne, et je tourne, eh ! J’accueille la pluie à bras ouverts fixant droit dans les yeux le divin régisseur son et lumière.

Coup de tonnerre. En un éclair, je suis à terre.

Wild World getting me tired

Monde de merde. Je m’imbibe de ta vulgarité. Tu sais, c’est raide tout les matins, pour me lever et t’habiter. Angoisse. Insécurité. Des narcos plus peace que la racaille parisienne. C’est qu’ici, le taux de frustration relative doit être au summum. Paris ville du luxe, Paris ville de la galère.

Cinq euros l’aller-retour vers la capitale quand tu viens de la banlieue. Guette le contrôleur. Tranquille avec les trois condés, canidé et pistolets se pavanant devant les petits civils  en gardave dans leur boite RER à six pieds sous terre. Chômeur en survet, banquier en costard, tous des allures de bouffe à vers de terre dans ces tunnels. Des visages sans âme voyagent immobiles sous les néons blafards. Certains courent tout de même, alors que les tapis roulent, pour entrer dans l’antre de la bête et se jeter dans sa gueule avant quelle ne soit repue. J’y vais doucement, j’aime bien me laisser étourdir par les vitesses qui ne sont pas miennes.

Malaise dans la rue. 21h30. Un mec agressé par six autres : “vide tes poches”. Juste devant mon nez. Humiliée dans ma condition de femme seule, j’ai pas osé ouvrir ma gueule. Envahie par la peur, je change de trottoir – comme les autres. Que cherchent-ils deux billets pour six? Pas de tunes, pas de fierté. Cela me désespère. Une minable vengeance pour des fils à maman qui crachent sur un avenir incapable de satisfaire leurs caprices. Si seulement ce n’était que dehors. Les ombres parcourent aussi ton appartement au petit matin, alors que tu dors encore. Des cliquetis te réveillent et tu pousses des cris hystériques. Contagion. Ils s’enfuient en courant.

Angoisse, angoisse. Et pas un verre d’alcool pour faire passer tout ça. Les gens vivent trop loin, comme toi, ils sont trop fatigués. Les autres, ceux que tu aimes et qui t’aiment vivent trop loin pour que la fatigue ne soit leur seule excuse. Et puis, les voir te décevra. Plus rien ne te protège désormais, ni même l’amour à proximité. La proximité même est un danger. Tu fais le nécessaire pour transformer l’angoisse en rage. Et tu passes le temps en crachant tes poumons, à courir derrière un ballon.

Mais je m’en lasse, putain ! J’en ai ras le cul de jouer à votre jeu – dogmatisme à deux balles. Règles asymétriques et non réaction générale. Les flemmards et les flippettes sont les leaders d’opinions en vogue aujourd’hui. Le monde c’est pas du gâteau non, tu pédales plutôt dans la semoule oui ! Fuis, pars loin. Les autres aussi galèrent, mais d’une autre manière, et t’envieront par ignorance des tiennes. Sans les autres, c’est impossible – tu sais bien qu’un homme seul face à la nature est des plus vulnérable. Le paradoxe, c’est qu’entassés, on ne peut être solidaires. On est coincé : c’est la décadence assurée – j’ai beau gesticuler dans tous les sens, je ne trouve pas l’endroit où m’apparaîtra la solution.

Je suis tellement fatiguée que je n’ai qu’une envie : sombrer dans un coma profond. Que vos ombres me fichent la paix !